Déclaration préalable de la FSU

La préparation du CTPD a été quelque peu laborieuse. En effet les documents envoyés la semaine dernière étaient indigents car ils ne permettaient pas de comparer avec les années précédentes. Suite à notre demande, un complément, qui ne comportait rien ni sur le 1er degré, ni sur les lycées, nous a été envoyé hier matin, ce qui est vraiment très tardif…

Mais comme l’a dit Mme le Recteur à la presse, « l’académie de Dijon s’en sort plutôt bien » ; en effet en Côte-d’Or dans le 1er degré, pour 350 élèves prévus en moins, l’administration supprime 46 postes, en collège pour 122 élèves de plus, elle supprime 289 Heures poste (soit 16 postes) et impose 83 HSA, en lycées pour 37 élèves en moins, on supprime l’équivalent de 37 postes.

Diriez-vous aussi, Mme l’Inspectrice d’Académie, que le département s’en sort plutôt bien ?

Concernant le premier degré : une fois de plus, les opérations de carte scolaire sont repoussées pour cause d’élections… que craint le gouvernement, sinon de handicaper les candidats proches de la majorité présidentielle. C’est une fois de plus, une instrumentalisation politicienne du service public d’enseignement au détriment de la transparence et de l’équité du débat public.

Nous sommes confrontés depuis longtemps aux mensonges institutionnels, mais votre document en est bien le reflet. Permettez-nous d’en relever quelques exemples :

Ainsi quand on lit sous votre plume : « la contribution du département à l’évolution du système éducatif se poursuivra dans le sens d’une école plus attentive au parcours scolaire de chaque élève », faut-il comprendre que les postes de RASED auront enfin les moyens de fonctionner ou, comme c’est plus probable, que les postes vont continuer à disparaître et que les enveloppes ne permettront toujours pas de réaliser ce qui est inscrit dans notre constitution, l’égalité des chances ?

Quand vous dites « des relations partenariales garantissant les meilleures conditions de scolarisation possibles ainsi qu’un consensus éducatif avec les familles », ne faut-il pas entendre que désormais la difficulté scolaire est évacuée vers le privé ? Quels moyens seront consacrés par exemple pour permettre une meilleure prise en compte des élèves de nos campagnes reculées ? Se lever toujours plus tôt pour devoir faire toujours plus de kilomètres afin d’économiser toujours plus d’argent ? Quel est le bénéfice pour l’élève ?

Nous sommes très heureux de lire que l’objectif est « d’élever le niveau général de formation ». mais malheureusement les tests PISA nous enseignent que notre école n’est pas si performante que cela et qu’elle est de plus la plus inégalitaire qui soit.

Que dire de l’aide personnalisée qui impose à des élèves de maternelle des journées qui dépassent les 6 H de classe ! On est à la limite de la maltraitance ! Que dire de l’efficacité de ce dispositif mis en place par M. Darcos ? Les quelques études réalisées (université Descartes) montrent son inefficacité comparé à l’aide apportée par les RASED.

Nous sommes heureux d’apprendre que « l’orientation est désormais une dimension qu’il convient d’intégrer aux pratiques d’enseignement ». Les conseillers d’orientation psychologues qui disparaissent des établissements verraient-ils un regain d’intérêt pour leur métier ou plus sûrement préfère-t-on charger les profs du sale boulot de tri social ?

Que dire de cette affirmation « La scolarisation des élèves handicapés, grande priorité nationale, continue comme précédemment d’être l’objet de toute notre attention et de tous nos efforts » ? Alors même que le recrutement de personnes pour l’aide et l’accompagnement des élèves handicapés est toujours aussi problématique, nous continuons de penser à la FSU qu’il faut recruter des personnels pérennes, leur assurer une formation de qualité leur permettant d’intervenir au mieux. C’est à notre sens la meilleure façon de marquer notre respect des élèves en situation de handicap. Il s’agit aussi de pouvoir offrir les places nécessaires dans des structures (CLIS, ULIS, IME…) ou par des dispositifs adaptés (SESSAD) à tous les élèves qui en ont besoin.

« Pour mesurer les acquis des élèves, des évaluations sont organisées aux paliers 1 et 2. L’action pédagogique des enseignants ne se conçoit alors qu’au regard des progrès qu’il convient d’amener les élèves à réaliser. »

Notre vision du rôle de l’enseignant est totalement différente de la vôtre. Pour nous les évaluations nationales proposées sont inadaptées et dangereuses. Nombre de chercheurs ont exprimé avec force leur désapprobation vis-à-vis de ces évaluations, tant dans la forme que dans le fond (usage, utilité, place de l’évaluation dans l’année, contenu…). Limiter le rôle de l’enseignant à faire faire des progrès par rapport aux évaluations nous paraît singulièrement dangereux et réducteur de notre métier.

Si les titres de vos priorités sont ronflants, nous ne saurions cautionner leur déclinaison dans la réalité.

Ainsi « Placer la réussite de tous les élèves et les réponses aux besoins de chacun d’eux au cœur de l’action pédagogique » est un objectif que nous pourrions partager mais pas avec des projets d’établissement vides de moyens ! Pas en mettant les établissements en concurrence ! Comment justifier la disparition de 46 postes par la baisse (à confirmer) de 350 élèves ! De plus si on fait la balance des moyens disponibles entre cette année et l’an prochain, c’est avec les surnombres près de 96 postes qui manqueront à la Côte d’Or. Privilégier les postes devant élèves doit-il signifier la mort de tous les projets en Musique, Arts Plastiques, informatique, etc… par la disparition des conseillers pédagogiques spécialisés ?

Nous sommes extrêmement inquiets quant au devenir de la maternelle : depuis des années l’accueil des plus jeunes ne cesse de diminuer tant au plan départemental qu’au plan national. Au point que même l’accueil des 3 ans est menacé. Que dire de ces priorités de remplacement qui font que le service public peut être discontinu parce qu’un remplacement en maternelle n’est pas prioritaire… sauf pour les parents qui comptent sur un service public de qualité. Un des leviers de la réussite de nos élèves passe par un accueil dans une maternelle rénovée avec des effectifs décents. Aujourd’hui, on est loin du compte !

Que dire aussi de l’accueil des enfants primo-arrivants qui ne peuvent bénéficier de l’aide et du soutien nécessaires pour s’intégrer au plus vite. Nous apprécions l’ouverture d’une classe à Mansart pour les enfants roms et d’une CLA au collège Clos de Pouilly mais il existe encore bien des besoins à satisfaire à travers le département. Apporter partout sur le territoire du département l’aide et le soutien nécessaires à chaque élève devrait être une priorité. Ce n’est pas le cas, loin s’en faut, faute de moyens suffisants en termes de frais de déplacement, de postes et de personnels spécialisés !

Diriez-vous aussi, Mme l’Inspectrice d’Académie, que le département s’en sort plutôt bien ?

Dans le 2nd degré, en collège, la dotation globale est censée « prendre en compte l’évolution démographique ainsi que les spécificités scolaires et socio-économiques du public accueilli ». Comment doit-on comprendre alors la suppression de 289 heures postes alors que les effectifs sont en hausse ? Comment comprendre qu’un collège comme Bachelard dont les effectifs sont en hausse, pour la 2ème année consécutive, et qui, de surcroît accueille 2 ULIS, perde l’équivalent d’une division ?

De plus cette dotation complètement globalisée est particulièrement opaque, elle n’apporte aucun élément (H/E, E/D, nombre de divisions, heures de chorale, UNSS, heures de cabinet, dispositifs particuliers, tels que ULIS, CLAC,….) et elle fait porter la responsabilité de la répartition de la pénurie sur les chefs d’établissements. Ces documents n’apportent aucun élément concernant la dotation consacrée à l’ accompagnement éducatif.

Par ailleurs nous avons constaté que les chiffres que vous nous avez fournis sont différents de ceux donnés en CTPA. Pourriez-vous nous fournir quelques éclaircissements ?

En ce qui concerne la carte des langues vivantes, de nombreuses options allemand LV2 vont être supprimées. Quel sera le seuil de fermeture ? On voit qu’à Venarey et aux Lentillères à Dijon l’allemand LV2 est menacé de fermeture avec 8 élèves. La carte des langues doit être revue dans le département, et notamment l’implantation des classes bilangues. Comment allez vous procéder ?

La FSU déplore aussi la disparition des classes de 3ème d’insertion réservées aux élèves les plus en difficulté. Comment croire que ces élèves pourront se présenter au DNB dans de bonnes conditions ? Ils seront soit noyés dans des classes ordinaires surchargées, soit extraits de leur classe pour aller en formation par alternance et donc privés d’une partie des enseignements sanctionnés par le DNB.

Concernant les SEGPA, les documents fournis ne font apparaître ni les groupes d’atelier, ni le détail des postes IS et PLP. Là aussi, nous constatons la manière dont les élèves en difficulté sont pris en compte : pour un effectif prévu de 839, soit 10 élèves de plus que le constat à la rentrée 2010, la DHG passe de 1910 à 1853,5 heures, soit une baisse de 56,50 heures. La SEGPA de Genlis est particulièrement sinistrée car elle perd 2 divisions pour une baisse d’effectif prévue de 11 élèves.

Par ailleurs, la réforme des champs professionnels ne répond ni aux attentes des élèves ni à celle des professeurs et doit être revue. Elle ne permet pas aux élèves d’accéder dans de bonnes conditions aux formations CAP.

Les conditions d’exercice en collège ne cessent de s’aggraver avec une augmentation importante du nombre d’élèves par classe et aucun moyen pour remédier aux difficultés croissantes des élèves alors que les redoublements sont quasiment supprimés.

Diriez-vous aussi, Mme l’Inspectrice d’Académie, que le département s’en sort plutôt bien ?

Dans les lycées généraux et technologiques, on retrouve la même logique : des élèves en plus, des postes en moins ! 154 élèves en plus en Côte d’Or, 620 heures postes en moins… Les conséquences sont évidentes : des effectifs de classes plus chargés, des heures d’enseignement supprimées et donc des conditions d’enseignement dégradées. La réforme du lycée, qui a déjà montré ses limites et ses incohérences en 2nde, se met en place en 1ère à la rentrée prochaine : avec le principe du tronc commun, elle permettra des regroupements d’élèves de séries différentes pour 15h de cours par semaine avec une économie d’échelle visant à faire disparaître de nombreuses heures ; cette réforme montre désormais ses vraies finalités, que la FSU avait analysées et dénoncées dès l’année dernière : il s’agit de favoriser la suppression d’un poste de fonctionnaire sur deux pour obéir au dogme présidentiel, et non pas de favoriser la réussite de tous les élèves. En séries technologiques surtout, l’effet destructeur est aussi spectaculaire que scandaleux : en réduisant drastiquement les heures affectées aux options technologiques, en refondant les spécialités au sein de trois pôles seulement, l’état fait le choix irresponsable de détruire une voie de formation dont l’efficacité n’était plus à prouver : les conséquences sur les postes sont dramatiques : nos collègues des disciplines technologiques vont être obligés de se reconvertir ou de quitter l’Education nationale. Enfin, le taux d’heures supplémentaires augmentent honteusement : 83h en plus pour les LGT de Côte d’Or, pour une moyenne de 12,61%, supérieure à la moyenne académique annoncée à 11,35% : ces chiffres dépassent largement la seule heure que la loi permet d’imposer à chacun des enseignants : cela veut dire concrètement que dans les lycées où on supprime des postes, les enseignants se verront dans le même temps contraints d’assurer des heures supplémentaires : ce sera le cas au Lycée technologique Simone Weil où on annonce la suppression d’un poste de ST2S alors que le taux d’heures supplémentaires global s’élève à 16% !!

Dans un tel contexte, l’Accompagnement Personnalisé dont le concept a séduit les fédérations de parents d’élèves et certains syndicats ne peut fonctionner efficacement : c’est un fourre-tout qui sert de variable d’ajustement, et qui ne propose certainement pas l’accompagnement disciplinaire et individualisé attendus par les élèves et leurs familles.

Nous ne pouvons donc cautionner les répartitions de DHG dans un tel contexte de restrictions budgétaires dont les justifications sont clairement idéologiques et non économiques.

Diriez-vous aussi, Mme l’Inspectrice d’Académie, que le département s’en sort plutôt bien ?

Dans l’Enseignement professionnel, le « bourrelet » (qui avait gonflé artificiellement les besoins par la coexistence des bacs pros 2 ans et des bacs pros 3 ans), ce bourrelet donc s’amenuise et parallèlement la Côte d’Or perd 191 élèves et 222,5 heures-postes. Les capacités d’accueil post 3ème se réduisent, comme au Lycée Simone Weil où en carrières sanitaires et sociales le Bac pro recrute 48 élèves alors que le BEP en accueillait 60. Ces élèves s’apercevront très vite, comme leurs collègues des disciplines industrielles, que les passerelles ne fonctionnent plus à quelques rares exceptions près, que ce soit entre CAP et Bac pro ou entre Bac pro et Bacs technologiques, et la transformation des spécialités de STI en champs professionnels, n’inversera pas cette tendance. On persiste à opérer des regroupements contre nature qui posent non seulement des problèmes pédagogiques (examens différents, programmes différents, cursus de formation différents…) mais aussi des problèmes d’organisation, car ils sont consommateurs d’heures de dédoublement. Le recrutement des CAP reste très largement réservé aux élèves en grandes difficultés, même si ce caractère prioritaire n’est plus affiché. Mais là aussi on regroupe des spécialités pour faire des classes de 24, et leur faire cours en enseignement général en classe complète relève bien souvent de la gageure !!! Peu importe, l’essentiel est de supprimer des postes. Parallèlement les HSA augmentent régulièrement pour atteindre des sommets comme à Châtillon (18%). Là encore, on est très loin de l’heure supplémentaire exigible statutairement.



Diriez-vous aussi, Mme l’Inspectrice d’Académie, que le département s’en sort plutôt bien ?

Un autre levier de la réussite des élèves est celui d’une formation professionnelle de qualité : Même le président de la république a reconnu qu’il était nécessaire de revenir sur cet imbroglio de formation auquel nous avons assisté cette année et que nous avons toujours dénoncé. La formation tant initiale que continue, aujourd’hui réduite à une peau de chagrin ne peut permettre d’exercer dans de bonnes conditions. Parce que nous avons conscience de la nécessité d’avoir une vraie ambition pour l’école, nous avons été force de propositions. Le compagnonnage ne saurait être une réponse adaptée à nos demandes. Mais la colère est grande chez nos collègues qui mesurent l’écart entre les déclarations et la réalité des faits : comment se former tout au long de la vie quand il n’y a plus de stages de formation professionnelle ? Que dire de l’accompagnement de nos jeunes collègues qui entrent dans le métier ? Certains stagiaires sont en grande souffrance tant la tâche est lourde. Par ailleurs dans le second degré, tous les remplaçants ne sont pas encore trouvés pour le mois de février, période à laquelle ils partiront en formation suivie. Les effets de la suppression de l’année de stage sont dévastateurs : les métiers de l’enseignement n’attirent plus… Jamais il n’y eut telle désaffection pour les concours de recrutement. Il y aura donc très certainement un recrutement massif de personnels précaires.

Nous avons l’ambition d’un service public à la hauteur des attentes de nos concitoyens. Un service public qui recrute non pas des précaires, taillables et corvéables à merci, mais des fonctionnaires avec un niveau de recrutement, une formation et une carrière attractive.

Ce n’est pas en diminuant le pouvoir d’achat des fonctionnaires qu’on réussira à attirer les meilleurs candidats, ce n’est pas avec un salaire tout juste au-dessus du SMIG qu’on rendra ce métier attractif après 5 années d’études post-bac. Revaloriser les salaires est une nécessité absolue reconnue par tous les économistes.



Nous demandons donc qu’il y ait un vrai plan d’intégration des précaires dans la fonction publique.

Le gouvernement doit s’engager :
"-" sur un plan de titularisation s’adressant à tous les agents contractuels qui occupent un poste répondant à un besoin permanent, y compris pour les missions d’accompagnement des élèves handicapé-e-s et d’aide administrative aux directeurs dans le premier degré (AVS et EVS), personnels écartés des négociations par le ministère.
"-" sur une réduction drastique du recours aux contractuels par les employeurs publics, afin que soit mis fin aux multiples abus.
"-" sur une véritable amélioration des droits salariaux et sociaux des contractuels de la fonction publique.

"-" sur la mise en place d’une réelle formation pour les personnels en contrats aidés (EVS embauché-e-s sur des CAE-CUI, c’est-à-dire contrats d’aide à l’emploi !).

(A ce sujet, lors d’une entrevue au ministère en novembre dernier, la DGRH avait promis que des crédits seraient alloués à ces formations : qu’en est-il en Côte-d’Or ?)

Ainsi la FSU n’aura pas l’outrecuidance d’oser dire que notre département s’en sort plutôt bien.

Pour finir, on aura beau jeu de dire qu’il faut faire des économies quand on voit que l’argent qui pourrait être investi dans l’éducation servira à financer des « primes de résultats » pour les recteurs et les chefs d’établissements. La FSU ne peut adhérer à une telle marchandisation de l’enseignement, elle revendiquera toujours une éducation de qualité pour tous qui passe d’abord par la restitution des moyens et des postes supprimés.

C’est pourquoi la FSU appelle à la grève le 10 février.