Interview Nicolas Béniès

lundi 17 septembre 2012
par  webmestre
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Le syndicalisme est-il soluble dans l’individualisme ?
Quelle ligne bleue adopter face à un jaune ?

Nicolas Béniès est chargé de cours d’économie à l’université Populaire de Caen, Collaborateur du monde diplomatique , de l’Université syndicaliste magazine, il est directeur de publication de la revue de l’École émancipée

FC : Nicolas Béniès « Le syndicalisme est il soluble dans l’individualisme ? »
NB : C’est une question qui de prime abord a l’air très simple parce que le syndicalisme c’est plutôt du collectif mais en fait, moi je répondrais oui. Il faut aujourd’hui se dire qu’au bout quand même de 30 ans d’idéologie libérale, cette idéologie libérale a laissé forcément des traces. On a l’idée aujourd’hui qu’il faut que l’individu se développe. Peut être d’ailleurs qu’on devrait dire que le développement de l’individu est contraire à l’individualisme en terme de système philosophique mais de ce point de vue il faudrait proposer des revendications qui libèrent l’individu. Je crois qu’à partir de ce moment ce n’est plus contradictoire, en se disant que pour libérer l’individu il faut que le syndicalisme agisse collectivement c’est faire la démonstration que les avancées collectives permettent à chacun et chacune d’entre nous de se libérer particulièrement lorsque l’on veut défendre des droits. Il faut évidemment défendre des droits collectifs et en même temps des droits individuels.
(...)
FC : « Quand certains gouvernements demandent qu’il y ait beaucoup plus de syndicalisation, cela revient au même. C’est nier la valeur même du syndicat. »
NB : Voilà , donc on peut opposer terme à terme d’une certaine façon c’est-à-dire que cette rationalité qui est une rationalité individuelle, microéconomique, s’oppose à une autre rationalité qui serait la rationalité globale, macroéconomique ou macro sociale, valeur dont normalement les organisations syndicales sont porteuses. Ce qu’elles défendent (les OS) c’est à la fois l’intérêt individuel et l’intérêt collectif des salariés, des personnels. Elles se situent sur un autre terrain que celui de la logique individuelle, de l’augmentation quantitative. Il y a là l’idée que l’on doit aussi obtenir des transformations qualitatives et pas seulement quantitatives. On a aujourd’hui un syndicat qui est obligé de s’approprier je dirais presque l’intérêt général. C’est une transformation du syndicat tel qui l’a été défini dans les années 1945 jusque dans les années 80. Durant cette période, le syndicat était basé sur sa capacité à défendre les intérêts immédiats et dans les intérêts immédiats ceux des travailleurs des grandes entreprises, c’est là que se faisait la lutte sociale, la lutte des classes. Aujourd’hui, dans la désagrégation des grandes entreprises, il n’y a plus ce que le monde syndical appelait avant la forteresse ouvrière, Renault et les bastions ouvriers (grandes entreprises de plusieurs milliers de salariés). Aujourd’hui, on a plus cela donc petit à petit l’organisation syndicale s’est transformée et en même temps il y a la nécessité d’inclure dans la lutte sociale les chômeurs c’est-à-dire des gens qui ne sont plus sur les lieux de travail. Il faut relier ceux qui sont sur les lieux de travail avec ceux qui n’y sont plus et cela pose de nouveaux problèmes. Je crois que réellement l’organisation syndicale aujourd’hui est obligée de s’interroger à la fois sur des problèmes sociaux, collectifs, politiques, sociétaux comme on dit aujourd’hui parce que sinon elle ne peut plus faire son travail.

FC : « Quelle ligne bleue adopter lorsque l’on est face à un jaune ? »
Petits éléments d’explicatifs : Qu’est ce qu’un Jaune ? Pour le coup, point d’allusion ici à l’alcool méditerranéen. Le jaune pourrait dire Maitre Barthélémy, c’est celui qui refuse la grève, qui est du côté du patron. La ligne bleue, outre le lien avec une ligne d’horizon, ici il s’agit d’une allusion à l’autre passion de Nicolas Béniès, le Jazz. Il a récemment écrit un ouvrage sur le jazz « le
souffle bleu » (C&F éditions-01/09/2011),
NB : Ah ah ah. On pourrait presque dire que c’est un problème de rapport de force, je veux dire par là que le jaune n’existe que parce que à partir d’un certain moment le rapport de force collectif ne permet pas d’inclure l’ensemble des salariés dans la lutte et la nécessité de faire que la lutte collective puisse imposer sa vision, imposer aussi des formes qui obligent les salariés à prendre position. On ne luttera jamais contre les jaunes et on ne peut pas non plus les assassiner. Il y a eu dans l’histoire des piquets de grève, des formes de gestion ouvrière, des formes de prises en charges collectives de la lutte, des comités de grève.
En fait, la démocratie dans la lutte, au-delà de l’organisation syndicale est un des facteurs qui permet d’unifier l’ensemble des salariés et à partir de là de limiter le nombre de salariés prenant parti pour la direction. On en aura toujours, c’est comme ça. Après il y a des équations personnelles, il y a des gens qui ont peur, on peut trouver plein de justifications mais après lorsque le rapport de force collectif obtient des satisfactions, cela permet d’éviter ces prises de positions pour la direction parce que du coup l’on s’aperçoit que l’intérêt bien compris même individuel est sur le terrain syndical.

Sur un thème proche, nous vous recommandons la lecture de Désir individuel, Conscience collective, sous la direction de Pierre Zarka, Les Cahiers de l’Observatoire des mouvements de la société, Éditions Syllepses.


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